
À un moment de leur vie, certaines personnes vont ressentir le besoin et même l’envie de se raconter. Elles feront spontanément appel à un biographe. Pour d’autres, cette démarche leur semblera totalement incongrue.
Dans mon précédent article, je suggérais d’offrir un ou des entretiens biographiques pour en faire le cadeau idéal (lire : et si vous offriez une biographie ?). Et la question qui m’a été posée en retour a été : « Et si la personne ne veut pas se raconter ? » C’est d’ailleurs souvent la première réaction d’une personne qui ne s’attend pas à cette proposition. Elle peut même fermer totalement la porte à cette éventualité en estimant que sa vie n’a aucun intérêt.
Aucune inquiétude, car cette réaction est non seulement courante, mais aussi logique. C’est ce que je souhaite vous expliquer dans ce nouvel article. L’idée est tout d’abord de comprendre pourquoi on peut penser, de prime abord, que sa propre vie n’a aucun intérêt. Puis je vous proposerai mes astuces et certains des outils que j’utilise. Il s’agira, non pas de forcer la porte, ce qui n’aurait aucune utilité pour personne. Mais plutôt d’apprendre à frapper subtilement à cette porte pour qu’elle s’entrouvre petit à petit et qu’elle reste grande ouverte.
Je l’ai abordé dans un de mes premiers articles pour définir ce qu’était un biographe (lire : Dis maman, c’est quoi un biographe ?). En premier lieu, les termes de biographe et de biographie ne sont pas comprises. L’image véhiculée est celle de personnes célèbres qui racontent leur vie et dont le livre sera obligatoirement publié. Le mot peut donc être associé à quelque chose d’exceptionnel, un peu hors norme et réservé à une élite. Du coup, la plupart des personnes aura cette référence en tête quand le mot de biographie sera évoqué devant elle. Sa réaction sera en toute logique d’estimer qu’en comparaison, sa vie est juste classique, voire banale, et qu’il n’y a rien à en retenir. Ce qui, bien évidemment, est totalement infondé.
Dans la culture française, on n’apprend pas spontanément à se dévoiler. À l’heure des réseaux sociaux et des « stories » en tout genre, on ne raconte rien de profond sur soi. De manière générale, il est rare de trouver des occasions de se livrer réellement. Et encore moins de prendre le temps nécessaire pour véritablement le faire. C’est encore plus vrai pour les générations qui ont traversé le XXe siècle. L’éducation familiale et scolaire n’incitait pas à se dévoiler, mais plutôt à se taire. Parler de soi était vu comme prétentieux, voire égocentrique. Il fallait plutôt écouter et faire preuve de discrétion et de modestie, signes de politesse et de respect pour ses interlocuteurs. De fait, cette posture peut devenir un véritable obstacle au moment de se livrer soi-même dans un récit écrit.
Se dévoiler, c’est s’exposer. C’est prendre conscience que d’autres vont lire ce que l’on va dire et ce que le biographe va retranscrire. D’où la peur de ce que pourront dire et surtout penser des proches sur des moments intimes, des choix discutables, des périodes méconnues. C’est tout simplement la peur du jugement. Sans compter qu’il s’agit en plus de raconter sa vie dite privée à un inconnu. On ne sait qui il est vraiment et ce qu’il fera de toutes ces informations. Autant d’éléments qui vont pousser une personne à ne presque rien dire et à doser ses paroles au démarrage d’un accompagnement biographique.
C’est un point qui peut paraître surprenant, mais pourtant réel, notamment en biographie hospitalière. Proposer spontanément à une personne d’écrire sa biographie peut être assimilé par elle au fait de lui demander d’écrire un testament ! C’est-à-dire qu’elle va penser que si on lui suggère ce projet, c’est qu’elle n’en a plus pour longtemps ou qu’elle est sur le déclin. Encore une fois, les mots pour convaincre auront leur importance. Parfois, en pensant bien faire avec ce cadeau, il peut arriver d’aboutir à l’effet inverse.
Alors, comment rassurer votre proche sur le fait que ses inquiétudes sont infondées ? Que dire pour la convaincre que ce qu’elle voit avec réticence est en fait un cadeau à se faire à soi et aux autres ?
Tout d’abord, inutile d’utiliser d’emblée le terme de biographie. Il est plus intéressant de dire à la personne que vous lui offrez la possibilité de mettre par écrit sa vie ou un évènement en particulier. Et que, pour l’aider, vous allez lui proposer de passer du temps avec une plume de l’ombre qui sera là pour « récolter ses souvenirs » et les écrire à sa place. Il s’agit là ni plus ni moins que de lui proposer un dialogue régulier entre elle et un écrivain privé, professionnel de l’écoute.
Il faut aussi rassurer la personne sur le fait qu’elle n’aura pas à écrire elle-même ni entreprendre un travail fatigant physiquement et intellectuellement. En effet, le biographe s’occupe de tout. Il est là pour accompagner, guider et poser des questions. Il écoute, il retranscrit, il organise et il corrige ensuite avec la personne. Néanmoins, c’est toujours l’interlocuteur qui reste maître de son récit.
Expliquer la démarche n’empêchera pas la personne d’estimer que c’est inutile, car sa vie est juste banale. Dire que l’on n’a rien vécu, c’est déjà faire l’erreur de ne pas remettre sa vie dans un contexte plus large. C’est-à-dire celui de l’Histoire avec un grand H. Toutes les époques ont connu leur lot d’évènements dramatiques ou joyeux. Classiquement, on va penser à des conflits traversés comme des guerres, mais cela peut être des mouvements sociaux comme Mai 68, des grandes grèves, des crises économiques, par exemple.
Qui n’a jamais échangé au cours de conversations, pour se remémorer où il était au moment où le premier homme a posé le pied sur la Lune, au moment des attentats du World Trade Center, des finales de la Coupe du monde de football, du confinement lié au COVID… Que vivions-nous à ce moment et quelles étaient nos vies ? C’est une bonne accroche pour commencer à dérouler le fil de son récit. Au final, sans parfois nous en rendre compte, nous faisons tous partie de l’Histoire.
De là, on se rend souvent compte de ce que l’on a vécu et traversé soi-même. Tout le monde a fait des choix, pris des décisions qui ont changé des trajectoires de vie. Nous avons connu des personnes et même des proches que d’autres n’ont pas forcément rencontrés et à qui nous pourrions rendre hommage. Nous pourrions aussi saisir cette occasion d’un récit écrit pour donner des explications sur des évènements familiaux qui n’ont pas été bien compris et apporter un éclairage personnel aux choses. Il ne faut pas oublier des contextes qui étaient différents selon les époques et sur lesquels il est intéressant de témoigner. Les évolutions technologiques ont transformé le monde. Comment faisions-nous et comment vivions-nous avant Internet, avant les téléphones portables et même avant la télévision, pour certains ?
Aucune vie ne se ressemble selon le mode de vie, la culture, l’origine sociale, la religion, le lieu géographique… Ce sont donc autant d’histoires uniques à raconter et à préserver.
Après avoir commencé à réfléchir à cette ligne de vie en posant quelques questions à la personne concernée, il faut également appuyer sur ce que cela signifie pour les autres. C’est un héritage précieux pour les enfants et les petits-enfants, qui découvrent alors un monde qu’ils n’ont jamais connu à travers les yeux d’un membre de leur famille. L’impression que parler de soi est un acte narcissique doit être transformée en un acte d’amour pour les autres. Raconter, expliquer et témoigner, c’est aussi transmettre. Il n’est pas question de penser qu’écrire va accélérer sa propre fin.
Au contraire, une fois le livre entre les mains, c’est justement prendre le temps de le feuilleter en famille. Cela va déclencher des discussions, des échanges, des rires. Un récit de vie écrit est aussi un formidable vecteur de lien social et de rapprochement familial.
En définitive, si la personne comprend que l’on s’intéresse à elle et à sa vie en lui offrant une biographie, elle réalisera le rôle qu’elle peut jouer, à travers son propre livre, pour y répondre.
Une fois passée l’étape de la réticence à parler avec un inconnu, il faut mettre en avant le plaisir que cela apportera à la personne. Je détaillerai dans un prochain article les bienfaits de l’écriture dite thérapeutique, mais, sans entrer dans le détail, raconter sa vie va aussi lui permettre de la revoir et de l’analyser différemment. Cela va raviver sa mémoire et faire resurgir des souvenirs parfois oubliés. Certes, il y aura les bons, mais aussi les mauvais souvenirs. D’où l’importance de faire appel à un professionnel certifié. Ma formation, notamment en biographie hospitalière, me permet de gérer ces moments particuliers. Au fur et à mesure des entretiens, c’est en se racontant que la personne va réaliser que sa vie, son parcours, sa carrière étaient bien remplis. En biographie, les narrateurs se redécouvrent eux-mêmes avec leurs forces et leurs faiblesses à travers ce qu’ils ont traversé.
Argument supplémentaire : personne n’a jamais trouvé le temps long pendant l’élaboration d’une biographie. C’est souvent au biographe de freiner la personne, pas l’inverse ! Ce qui démarre doucement devient un véritable plaisir. C’est aussi une aventure humaine. Une fois la confiance établie, ce rendez-vous fait partie des temps forts de la personne dans sa semaine. Elle s’investit de plus en plus et se mobilise intellectuellement pour chaque nouveau rendez-vous. Les effets ne sont que bénéfiques.
Certes, je vous ai donné certains arguments que vous pouvez utiliser. Mais pour aller plus loin, je vous dévoile mes petites astuces pour parvenir à enclencher le dialogue de manière plus concrète.
Nous y sommes : vous avez offert ce « cadeau de récit de vie », mais vous sentez bien que la personne l’accepte pour vous faire plaisir sans en être vraiment convaincue. C’est là que j’interviens et c’est tout l’intérêt de la première rencontre gratuite. Tout d’abord, votre proche et moi allons apprendre à faire connaissance… et ne croyez pas que je ne sois pas intimidé également ! Chaque nouvelle rencontre est une nouvelle aventure à vivre et la première impression est primordiale. Je vais donc lui expliquer le processus biographique de nos entretiens jusqu’à mon travail de l’ombre.
Je serai là également pour la rassurer sur les questions de confidentialité. Cela concerne à la fois le contenu de nos entretiens, notamment ce qui sera dit, mais pas forcément écrit. Mais également ce qui sera écrit, mais pas divulgué sans son consentement (Lire l’article : Peut-on tout dire à un biographe ?).
Je suis l’écrivain de l’ombre, je prête ma plume, donc je m’adapte ensuite à la personne. Je lui ferai des propositions, mais c’est elle qui choisira le rythme et la durée des séances. Libre à elle bien entendu d’arrêter quand elle le souhaite, de faire une pause de plusieurs semaines… Pour l’anecdote, la plupart du temps, durant cette séance de découverte, c’est-à-dire sans enregistrement, sans thématique précise, la personne une fois en confiance se lance déjà dans le récit de sa vie ou d’un évènement particulier ! Et finalement, alors qu’elle s’était persuadée elle-même que sa vie était inintéressante, elle a toujours quelque chose à raconter.
De mon côté, je n’ai aucune inquiétude sur le fait de parvenir à libérer la parole. J’ai les moyens de faire parler ! Rien d’exceptionnel, mais je vais vous livrer quelques-uns de mes petits secrets lorsque la parole semble difficile à débloquer :
Encore une fois, c’est tout l’intérêt de faire appel à un écrivain-biographe formé pour ce genre d’accompagnement. Je suis là pour écouter, pour guider, mais surtout pour permettre à quelqu’un de se rendre compte qu’il avait beaucoup de choses à raconter.
En effet, il est très fréquent qu’une personne ne réalise pas tout de suite le cadeau précieux qu’on peut lui faire en lui proposant de réaliser un récit. C’est pourquoi il ne faut jamais brusquer les choses. Parfois, ce n’est pas le bon moment, la personne n’est pas prête et ce n’est pas grave. Il faut que l’idée fasse son chemin… ou pas. Une biographie est une invitation, pas une obligation, et il faut l’accepter.
Pour moi, l’important est surtout de convaincre que chaque vie est intéressante, même lorsqu’elle est traversée par des épreuves. Mon rôle de biographe n’est pas de créer des vies extraordinaires. C’est simplement de démontrer à chacun qu’une vie mérite toujours d’être racontée.
L’idée est de ne pas insister, mais de ne pas renoncer trop vite non plus. Un des questionnements que je peux justement utiliser pour libérer la parole est : quel est votre plus grand regret ? J’espère que ce ne sera pas celui de n’avoir jamais réalisé le récit de sa vie. Alors, n’oubliez pas : les plus belles biographies démarrent souvent par un refus !
J’interviens principalement en Normandie, en Bretagne, sur la Manche et l’Ille-et-Vilaine, mais également en distanciel par visioconférence. Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez-moi pour en parler, simplement et sans engagement.

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