
Dans ce nouvel article, je souhaitais aborder un sujet qui semble à première vue être une évidence dans le métier de biographe, mais qui mérite pourtant d’être explicité. Je veux parler de la confidentialité.
Pourquoi aborder ce sujet ? Il y a quelque temps, j’ai été sollicité par une Unité de Soins Palliatifs en tant que biographe hospitalier. Une patiente a demandé à me rencontrer pour comprendre ce que je faisais. Ravi de sa demande, je lui ai alors présenté la démarche de la biographie hospitalière et la possibilité d’être accompagné pour raconter une vie ou transmettre un message. Elle m’a écouté attentivement. Puis, d’une voix très posée, m’a dit : « Je ne comprends pas que l’on puisse faire écrire sa propre vie par quelqu’un d’autre, c’est trop intime. » J’ai été déstabilisé par cette remarque. C’était une ancienne professeure de lettres qui écrivait beaucoup elle-même. Nous avons alors pu échanger sur ce que permet la biographie hospitalière pour des personnes parfois éloignées du monde de l’écrit.
J’ai longuement réfléchi au sens de cette remarque et surtout à quelle peur, consciente ou inconsciente, elle pouvait faire appel. Dans cet article, je vais donc expliciter clairement cette notion de confidentialité et de non-divulgation des informations dans mes différentes activités de biographe. Cela me permet également de vous expliquer pourquoi je transmets automatiquement au début de chaque collaboration une charte de confidentialité qui récapitule ces points.
Une question peut légitimement se poser au moment de faire appel à un biographe : que va-t-il faire de tout ce que je lui raconte ? Et, après la fin des entretiens, que va devenir toute cette matière écrite et même enregistrée ?
Certaines de ces réticences peuvent légitimement être formulées à voix haute par le narrateur. Egalement par ses proches, notamment lorsqu’il s’agit d’un cadeau offert collectivement. Mais le plus souvent, ces interrogations sont tues. La conséquence est qu’un narrateur, surtout lors des premiers entretiens, ne sera pas totalement à l’aise. Il risque de se contenir, voire de se censurer lui-même dans ce qu’il aurait envie de dire.
C’est tout à fait normal. Nous parlons ici de confier des souvenirs, des moments d’intimité et même parfois des secrets de famille. Le tout à quelqu’un qui est par définition un total inconnu. Cela demande donc un lâcher-prise important et une bonne dose de courage également. Il est donc essentiel de bien choisir son biographe afin d’établir avec lui une véritable relation de confiance.
Pourquoi cette notion de confiance semble-t-elle être une sorte de pari risqué ? J’ai cherché une définition claire de la confiance. C’est intéressant, car il n’y en a pas une seule, mais plusieurs. Elles renvoient toutes à des notions subjectives. Elles évoquent l’idée de « pouvoir se fier à quelqu’un » et d’avoir « la conviction qu’une personne agira comme prévu »… J’ai en revanche découvert un article très intéressant de Michela Marzano sur le site scientifique « Cairn Info » intitulé « Qu’est-ce que la confiance ? ». Elle explique que « la confiance renvoie à l’idée qu’on peut se fier à quelqu’un (…) Le verbe confier signifie, en effet, qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui… ».
Je trouve que cette définition correspond, selon moi, parfaitement à ce qui se passe entre un biographe et son narrateur au moment où celui-ci va se confier. Mais alors, un simple engagement moral est-il suffisant ?
La terminologie a son importance. Au sens juridique du terme, le biographe n’est pas soumis au secret professionnel. En effet, cette notion est réservée à des professions réglementées, comme les médecins, les avocats ou les notaires. Cela ne signifie pas pour autant que le biographe n’a ni cadre ni contrainte. Il exerce un métier particulier qui le fait entrer dans l’intimité des personnes. Sa responsabilité est donc importante. Il doit être en mesure de démontrer à son interlocuteur qu’il en a pleinement conscience. C’est pour cela que l’on parle ici de déontologie, c’est-à-dire des règles et des devoirs qui régissent une profession. Pour ma part, dans le cadre des récits qui peuvent m’être confiés, je m’appuie sur quatre engagements en particulier :
Je vous propose donc de les illustrer clairement pour chacun de mes domaines d’activité : la biographie hospitalière, la biographie privée et la biographie d’entreprise.
S’il est un domaine où, à mon sens, la confidentialité n’est même pas une option, c’est bien celui de la biographie hospitalière.
Intervenir auprès de personnes gravement malades ou en fin de vie pour recueillir leur récit est un engagement majeur. Tout ce qui sera confié par la personne, que ce soit un message aux proches, un témoignage ou un récit de vie doit être retranscrit avec précision. L’objectif prioritaire est « de tenir parole et de rendre parole ». C’est-à-dire qu’il s’agit de respecter les propos tenus, mais aussi la manière de les énoncer.
Le biographe n’a pas pour rôle de déterminer ce qui est vrai ou non. Il est là pour recueillir la vérité de la personne à un moment donné, sans jugement, sans interprétation. Parfois, à la lecture d’un récit, des proches pourront s’étonner de ce qu’ils qualifieront d’erreurs. Par exemple sur des personnes citées qui n’étaient pas présentes à un évènement relaté ou des incohérences dans le temps ou les lieux… C’est alors qu’il faut tenir compte du récit tel qu’il a été confié par le patient. Ce sont ses mots, son histoire et donc sa réalité. Un récit réussi est celui qui permet aux proches de reconnaître la personne disparue dans ses mots ou ses expressions.
Néanmoins, le biographe a également pour rôle de penser aux personnes qui liront le récit une fois le narrateur disparu. Il doit alors « prendre soin des vivants ». C’est-à-dire trouver avec le narrateur les mots les plus justes pour ne pas heurter ceux qui liront le récit. Le biographe, en tant que guide, est aussi là pour faire prendre conscience au narrateur de l’impact de l’écrit afin de doser les propos qui seront « encrés ». D’où l’intérêt de bien prendre le temps, notamment au début de chaque nouvelle séance, de relire et revoir ensemble le contenu de la séance précédente retranscrite par le biographe.
Il est important de savoir que pendant le processus de recueil du récit, le contenu des entretiens n’est partagé ni avec les proches ni avec l’équipe soignante. Si des questions sont posées au biographe, celui-ci n’est pas tenu d’y répondre. Il peut solliciter l’autorisation éventuelle du patient, qui prendra seul la décision ou non de partager certains propos.
Parfois le besoin de poser des mots avant qu’il ne soit trop tard peut amener à des révélations et faire ressortir des choses enfouies depuis longtemps. Celles-ci peuvent avoir des conséquences psychologiques et ébranler le patient lors de la remontée de souvenirs. À ce moment-là, le biographe peut échanger avec le patient pour lui proposer de solliciter le psychologue ou le médecin référent du service afin de lui apporter le soutien nécessaire. Cela uniquement avec son accord explicite et jamais à son insu. C’est tout l’intérêt du travail pluridisciplinaire permis par la biographie hospitalière. Le biographe exerce en étroite collaboration avec l’équipe soignante.
La règle implicite est de détruire les données récoltées une fois le récit terminé. Ce point peut être abordé avec le patient et/ou les proches qui seront destinataires du récit. Pour ma part, j’ai choisi de conserver ces données, six mois après la remise du récit. En biographie hospitalière, le livre fait partie du processus de deuil. Un temps est nécessaire pour parfois l’ouvrir et le lire. Si des questions se posent auxquelles je peux répondre en me référant à mes notes, je le ferai. Concernant les enregistrements audio, le principe de destruction est le même au bout de six mois. Certaines personnes souhaitent pouvoir « conserver la voix » de la personne disparue. J’estime pour ma part que c’est au patient de prendre cette décision. En fonction des échanges que nous aurons sur le sujet, je respecterai donc son choix.
Là encore il est important de préciser les choses. Il arrive souvent que les commanditaires d’un récit de vie soient les enfants, les petits-enfants ou des proches qui se sont réunis pour faire un cadeau à une personne en particulier. Pour autant, cela ne leur donne pas un droit de regard sur ce qui sera confié par le narrateur.
Dès que démarrent les entretiens avec la personne, la stricte confidentialité est de rigueur. C’est le narrateur et lui seul qui décide de ce qui figurera dans son récit. Souvent, lors des entretiens, des éléments sont abordés en aparté. C’est-à-dire des informations que le narrateur va confier au biographe, mais qu’il ne souhaitera pas forcément retranscrire dans le livre. Là encore, le biographe se soumet à la décision du narrateur sans jamais divulguer ce qui aura pu être confié.
Si le récit de vie traite de moments joyeux, il fera inévitablement la lumière sur des zones d’ombre, des non-dits longtemps enfouis, des épisodes douloureux. Là encore le biographe se doit de protéger l’espace de parole. Mais il doit prendre soin aussi non pas des vivants comme en biographie hospitalière, mais des lecteurs potentiellement concernés. C’est aussi son rôle de guider et d’accompagner le narrateur dans son récit. Par manque de vigilance, l’écueil serait de tomber dans ce qui relève de la diffamation et qui pourrait porter atteinte à certaines personnes.
La vigilance est d’autant plus grande quand la volonté du narrateur est de publier et de diffuser son récit (voir mon article sur l’édition et l’auto-édition). Le cadre légal est également à connaître, notamment en auto-édition. L’auteur est pleinement responsable du contenu du récit, d’où l’importance de soit s’appuyer sur des faits vérifiables, des documents fiables et des témoignages recoupés, soit de les présenter comme des perceptions personnelles. Là aussi, le biographe sera là pour proposer des formulations prudentes plutôt que des affirmations litigieuses. Il peut aussi suggérer parfois de préserver un certain anonymat par des modifications de noms ou de lieux. Le risque juridique existe et doit être pris en compte.
Là encore, ma pratique sera de détruire systématiquement les notes, documents écrits… six mois après la remise du récit ou du livre. Concernant la remise des fichiers audio, une prestation supplémentaire pourra être envisagée avec le narrateur. Il peut en effet souhaiter que les enregistrements soient transmis. Cela nécessitera au préalable un travail de compilation et de structuration. Dans le cas contraire, ils seront également effacés à la fin du délai de six mois.
Même si le contexte est un peu différent, le principe reste le même. Que ce soit à une échelle individuelle, c’est-à-dire le récit de vie d’une personne, ou à une échelle collective, c’est-à-dire l’histoire d’une entreprise, tout ce qui est dit à l’intérieur d’un cadre précis ne sort pas de ce cadre.
Il en va de même en biographie d’entreprise. Raconter l’histoire d’une entreprise familiale, d’une fondation, d’une collectivité… sous-entend avoir accès à des données totalement confidentielles. Le biographe va les étudier, les compulser, les trier, tout comme pourrait le faire un avocat d’affaires, par exemple. Il peut découvrir des périodes historiques troubles, des décisions financières délicates, des conflits restés cachés… Bref, des moments de vulnérabilité d’une entreprise qui ne sont pas forcément à mettre sur la place publique (à moins qu’il ne s’agisse d’un choix délibéré des commanditaires).
Grâce à l’élaboration d’une commande précise dès le départ, la méthodologie de travail permettra un travail fluide et efficace. Généralement un interlocuteur dédié au sein de l’entreprise est désigné. Cela permet au biographe de centraliser et de récolter la matière nécessaire et d’interroger les personnes-ressources adéquates. Par ailleurs des points réguliers vont affiner le travail pour que le résultat corresponde véritablement aux attentes du commanditaire. Là encore le rôle du biographe sera de tenir compte des destinataires : collaborateurs, clients, grand public… pour être force de proposition et de conseil dans les choix éditoriaux.
Si, dans ce cadre, je propose également une charte de confidentialité propre à la biographie d’entreprise, l’entreprise elle-même est en droit de me proposer de signer un accord de non-divulgation (NDA). Il s’agit d’un contrat qui garantit la confidentialité des informations, des données sensibles ou stratégiques relatives à une entreprise. Dans le cadre d’une biographie, il correspond à un engagement à ne pas utiliser ou communiquer à des tiers, sans autorisation explicite et écrite, les informations exploitées dans le cadre de la collaboration.
Dans ce domaine qui engage une structure et non une personne en particulier, je n’applique pas de délai de conservation des éléments. À la livraison du récit final, tous les documents internes qui ont été communiqués sont soit restitués et contrôlés, soit détruits de façon sécurisée. Les éventuels enregistrements sonores sont également détruits une fois la prestation terminée et le récit final validé et livré.
Depuis mai 2018, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est un texte européen qui harmonise les règles de traitement des données à caractère personnel. Concrètement, dans mon activité de biographe, cela signifie que toutes les données personnelles que vous allez me fournir dans le cadre de notre collaboration, à savoir votre nom, vos coordonnées, mais aussi tous les éléments biographiques que vous me confierez, ne seront jamais cédées, vendues ou transmises à un tiers. Bien entendu, votre consentement préalable sera recueilli pour la transmission des informations à un imprimeur ou un relieur d’art pour la fabrication de votre livre.
À l’heure du développement de l’intelligence artificielle, un dernier point sur ce sujet me paraît important. Certains peuvent être tentés d’utiliser ces outils pour corriger un texte, l’améliorer ou parfois même le rédiger ! Ce n’est pas le choix que je fais dans ma pratique. Pourquoi ? Les outils gratuits et grand public peuvent faire transiter les données sur des serveurs mondiaux. Le but est de permettre d’entraîner les modèles d’intelligence artificielle dite générative. À partir du moment où ces données sont entrées sur des serveurs, le contrôle sur ces données devient très limité.
Je m’engage donc à ne soumettre aucune donnée personnelle identifiable vous concernant (transcriptions d’entretiens, notes biographiques, documents partagés…) à des outils d’intelligence artificielle connectés à des serveurs externes. Certains le font notamment pour réduire le temps passé sur le travail rédactionnel. L’objectif étant au final de pouvoir facturer moins d’heures au client. C’est un choix du biographe et du client s’il y consent. Mais, de mon côté, je préfère privilégier la qualité et la sécurité.
Ce sujet de la confidentialité n’est pas forcément un sujet couramment abordé. Pourtant, il n’est pas un détail et je pense qu’il convient de poser un cadre clair sur ce point. Pour ma part, il fait partie aussi de la relation de confiance qui doit s’établir entre le biographe et son narrateur.
Au-delà du cadre formel que je vous fournis à travers les chartes que je propose, il s’agit surtout d’une posture, d’une attitude et de valeurs que je m’engage à respecter. Entamer un travail biographique sous entend de manier des souvenirs et une histoire de vie qui ont une valeur inestimable. Me les confier et faire de moi le gardien du récit de votre vie est une responsabilité que je saurai donc honorer comme il se doit.

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