
« Quelle drôle d’idée de se lancer dans une activité qui risque de disparaître avec l’I.A. ! ». C’est une remarque que l’on m’a faite récemment quand je parlais de mon activité. Cela m’a d’abord surpris, puis interrogé. Et si c’était vrai ? C’est le résultat de cette réflexion que je vous propose dans ce nouvel article. Il me semble intéressant de rappeler tout d’abord ce qu’est réellement l’intelligence artificielle pour estimer si elle pourrait devenir une véritable « biographe artificielle ». De mon côté, je vous expliquerai ce que je m’autorise et ne m’autorise pas en termes d’utilisation de l’I.A.
La notion d’intelligence artificielle a été définie dès le milieu des années 50 et a connu différents cycles depuis. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase d’hyper croissance de l’intelligence artificielle. En 1958, le Perceptron de Frank Rosenblatt avait pour objectif d’imiter les capacités humaines à travers notamment la création de neurones artificiels, inspirés du cerveau humain. En 1986 est créé l’algorithme de rétropropagation qui est une clé pour permettre aux différents modèles d’intelligence artificielle d’apprendre par eux-mêmes de façon autonome à partir de données fournies. L’essor d’internet et des réseaux sociaux dans les années 2000 va permettre le développement de plus en plus de données digitalisées qui vont nourrir l’intelligence artificielle. Tous ces jeux de données demandent une puissance de calcul considérable qui est devenue sans limite. Aujourd’hui, ces performances se rapprochent ou dépassent parfois les performances humaines.
L’intelligence artificielle absorbe un tas de domaines différents. C’est ce que l’on nomme l’apprentissage automatique (« machine learning ») qui apprend les règles. Et à l’intérieur se trouve l’apprentissage profond (« Deep learning ») dans lequel l’intelligence artificielle apprend par elle-même. C’est là qu’elle assimile toutes les règles existantes (comme des règles de grammaire, par exemple). Ce processus se fait sans intervention humaine.
Autant avant, un modèle spécifique était indispensable pour accomplir une tâche unique, autant aujourd’hui, un même modèle peut accomplir des tâches totalement différentes. Celles-ci vont porter sur du texte, de l’image, de la musique, du code et de la vidéo. Dorénavant les systèmes d’intelligence artificielle peuvent prendre des décisions, élaborer des stratégies, décomposer des tâches en sous-tâches… et donc répondre à nos sollicitations.
Encore faut-il savoir interroger correctement l’I.A. Et c’est là qu’intervient le fameux prompt d’I.A. Il s’agit des instructions données à l’I.A. pour qu’elle puisse répondre de manière adéquate. Pour cela, trois règles utiles :
L’intelligence artificielle est donc une imitation ou une simulation de l’intelligence humaine (elle-même difficile à définir !). C’est un domaine de l’informatique qui s’appuie sur des fondements mathématiques et des concepts issus des sciences cognitives. Comme le définit le Parlement européen : « Constitue une intelligence artificielle tout outil utilisé par une machine afin de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité ». Ce n’est pas un concept récent et nouveau. Tout le monde utilise, même sans se poser de questions, les avancées dites intelligentes de différents outils du quotidien. Il s’agit ni plus ni moins que d’une aide. Et il ne faut donc pas en extrapoler les possibilités. L’important est de garder en tête, même si elle en donne parfois l’illusion, que l’intelligence artificielle :
Certes les avancées permises sont énormes. De plus en plus de tâches automatisées et réalisées par l’humain le seront par l’intelligence artificielle, ce qui fera disparaître certains métiers. Et justement pour ce qui nous concerne : l’IA peut-elle devenir biographe ?
Pour rédiger cet article, j’ai interrogé directement plusieurs I.A. : Chat GPT, Gemini et Claude en leur demandant si elles étaient capables d’écrire des biographies. Le résultat est perturbant. Toutes m’ont répondu qu’elles en étaient capables et en quelques secondes ! À partir du moment où, bien entendu, je leur fournissais des données brutes. Je n’avais qu’à choisir le style de biographie, le ton (littéraire, grand public, académique…), le format. Elles m’ont proposé d’organiser le récit de manière thématique ou chronologique en analysant le texte pour appuyer sur les « points de bascule ». Gemini m’a même parlé de créer un « arc narratif » cohérent ! Le summum a été un paragraphe sur l’éthique et la neutralité. Celui-ci m’expliquait qu’en tant qu’IA, elle gardait une distance lui permettant de traiter de sujets sensibles en toute neutralité et dans le respect de la vie privée.
J’ai aussi eu droit à la liste et la description d’assistants de biographies automatiques définis comme des biographes virtuels. Ce sont des applications qui vont vous interroger sur votre vie à partir d’une liste de questions. En tant que client, vous parlez directement à cette application qui retranscrit automatiquement vos propos, les organise et les structure sous forme de chapitres. Avec aussi la possibilité d’y ajouter des photos ou autres documents.
C’est indéniable, la rapidité de traitement des données fournies, que ce soit en matière de retranscription ou de rédaction est inégalée. Mais l’objectif d’une biographie est-il vraiment d’aller le plus vite possible ? Oui l’IA peut assembler des mots et des faits. Mais la biographie est-elle simplement une compilation de faits ? Je ne le pense pas.
Si vous faites appel à un « biographe virtuel », vous allez répondre à ses questions, lui dévoiler votre vie, mais ce n’est pas pour autant que vous allez établir un contact et une relation avec lui. Vous allez juste alimenter une machine. Cette machine va-t-elle écouter vos changements de voix, vos tremblements au moment d’évoquer un sujet qui vous touche ? Va-t-elle vous écouter réellement et vous interroger pour clarifier un propos, une date, un contexte ? Et sur le fond ? au-delà des erreurs d’interprétation et de chronologie que vous devrez corriger, le texte reflétera-t-il vraiment qui vous êtes ? Probablement pas, car l’intelligence artificielle n’est là que pour fournir un texte élaboré, mais souvent insipide, trop logique, trop linéaire, trop descriptif. Toutes les informations que vous lui avez fournies et qui ont une valeur différente pour vous n’en ont aucune pour l’IA. Elle traite toutes les informations au même niveau.
Faire appel à un biographe, c’est tout d’abord le plaisir de la rencontre entre deux êtres vivants. Un lien se crée qui est basé sur la confiance, sur des valeurs, sur une éthique et des engagements. Ce n’est pas la même chose de confier des informations sur votre vie privée à un biographe professionnel et à une machine. La confidentialité des données est une des grandes inquiétudes liées au développement de l’intelligence artificielle.
Le biographe est là pour vous écouter, passer du temps avec vous au fil des entretiens. Ces rencontres régulières permettent de sortir de votre quotidien et sont un remède contre la solitude parfois. L’écoute se fait aussi avec les yeux, les perceptions des gestes… Le biographe s’adapte à vous, à tout ce qu’il perçoit : vos hésitations, vos doutes et votre fatigue. Il entend vos silences et écoute vos émotions. Il capte votre personnalité pour l’insuffler à votre récit, qui devient une part de vous. L’IA analyse les mots, un biographe va bien au-delà des mots. Pourquoi ? Parce que le biographe est une personne qui vous comprend. Un outil, aussi perfectionné soit-il, ne peut pas vous comprendre. Et que dire de la biographie hospitalière où le lien humain est thérapeutique. Jamais une intelligence artificielle ne pourra reproduire ce qu’un biographe hospitalier peut apporter.
La biographie est au final pour moi un acte moral qui n’aura jamais d’équivalent « algorithmique ». Pour autant, faut-il totalement rejeter les apports de l’intelligence artificielle au domaine biographique ? Je ne le pense pas, tout est question d’équilibre et de juste milieu.
Même si je ne suis pas un spécialiste de l’IA et de ses possibilités, je préfère prendre le train en marche que de courir derrière. J’apprends donc à l’utiliser et à en déceler les bénéfices. L’idée est de pouvoir lui déléguer des tâches chronophages pour me concentrer sur ce qui compte vraiment : le récit. J’utilise déjà de mon côté le logiciel Antitode pour l’orthographe, la ponctuation, la syntaxe… Cet outil a pourtant ses limites et fait aussi des erreurs. J’utilise alors l’IA comme une double correction orthographique. Attention par contre à toujours anonymiser le texte au préalable pour ne jamais laisser aucune donnée identifiable alimenter l’univers virtuel ! L’IA reste un assistant pour moi. Il propose et je décide si j’utilise ou non ses corrections, ses suggestions… Il peut m’aider aussi à accélérer des recherches contextuelles si nécessaire liées à une période ou un évènement historique, par exemple.
Plus fréquemment, je vais lui soumettre ce type d’article de blog une fois rédigé, mais jamais pour qu’il le rédige à ma place (je pense que ce contenu spécifique le prouve !). Au-delà d’un avis sur le fond qu’il ne se retient pas de donner, son apport est lié pour moi au référencement, au SEO et aux mots clés avec des remarques parfois pertinentes. Idem pour les posts de réseaux sociaux qu’il va me structurer sur la forme, mais non sur le fond. En fait, je picore et je pioche dans ce qu’il me propose et me suggère pour garder ma propre identité.
Pour ma part, j’ai choisi volontairement de ne pas utiliser l’intelligence artificielle pour la retranscription des textes enregistrés. Pourquoi ? J’ai testé en lui soumettant un enregistrement sonore pour le retranscrire avec l’idée de gagner du temps. Et finalement le résultat s’est retourné contre moi. Tout d’abord, la relecture était fastidieuse, aléatoire et souvent incohérente. Une fois passée l’étape des corrections de forme, il me fallait reprendre toute l’organisation du récit. En effet, parfois, une personne va nous parler de son enfance pour passer ensuite à sa vie professionnelle et repartir dans son enfance. Rien n’est jamais linéaire. Sauf que l’automatisme de retranscription, lui, l’est totalement. Il faut alors rependre les paragraphes pour les remettre en ordre et les recoudre les uns avec les autres. Le résultat final m’a déçu et frustré. Ce n’était pas totalement mon texte et encore moins celui du narrateur.
Pour ma part, je réécris systématiquement dans les 24 ou 48 H l’entretien réalisé. La mémoire est bien faite, car mes quelques notes me permettent généralement de retisser le fil de tout ce qui s’est dit. Cela va constituer le premier jet du récit. Puis, si nécessaire, je vais compléter en écoutant l’enregistrement que je fais toujours par sécurité. Et là j’ai le plaisir de me replonger totalement dans l’entretien avec le son, les intonations, les rires et les pleurs parfois. J’extrais alors, moi-même, ce que j’appellerai le souffle de vie pour l’insérer dans le texte comme un artiste donne une âme à son œuvre. À la relecture, que je fais d’ailleurs toujours une première fois à voix haute, j’entends alors le narrateur.
Alors à votre avis : l’intelligence artificielle remplacera-t-elle un jour le biographe ? Bien sûr que non ! On pourrait me dire que je ne suis pas objectif, car c’est mon métier. Mais justement, qui de mieux que les biographes pour savoir que le lien qui se crée avec le narrateur, l’écoute spécifique, les émotions ne seront jamais artificielles. L’intelligence artificielle est une aide, une assistante qu’il convient d’utiliser dans ce sens sans la rejeter. Oui elle peut faire gagner du temps, mais en l’utilisant à bon escient et aux bons endroits. L’élève IA ne pourra jamais dépasser le maître humain en matière d’empathie, d’authenticité et d’humanité. La biographie a donc encore de beaux jours devant elle ! Qui sait, un jour, un biographe réalisera peut-être la biographie d’une intelligence artificielle…
Je suis Monsieur Plume, la plume qui vous accompagne sur ce chemin pour guider les lignes de votre récit. Que ce soit en biographie familiale, en biographie d’entreprise ou en biographie hospitalière, découvrez mes prestations et contactez-moi pour que nous écrivions ensemble cette nouvelle page dans votre vie.
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